
Suzaku
est un film chaste, calme et gracieux comme un battement de cil. Aucun
artifice dans ce film de Naomi Kawase. On y pleure, on y aime, on y souffre,
on y meurt en silence. On parle à peine. Pour dire l’essentiel
et conjurer le superflu. Le ton est donné dès le premier
plan du film où se dessine un tableau impressionniste : un plan
large sur un massif montagneux encombré de feuillus. Le reste du
film est à l’image de ce plan-là : la nature rythme
les élans de l’âme, calmement, sans esbroufe, avec
pudeur et dignité.
L’histoire est d’une simplicité biblique. Eisuku et
Michiru sont cousins. Il a une dizaine d’années de plus qu’elle
ou peut-être davantage ou peut-être moins. Peu importe. L’âge
ne se lit pas sur ces visages qui n’expriment que l’essentiel.Ils
vivent dans un village à flanc de montagne qu’une hypothétique
ligne ferroviaire ne percera jamais. Quinze ans plus tard, le père
de Michiru, Kozo, disparaît dans la nature. Il est mort. Mort de
n’avoir pas pu supporter le fait de devoir vivre des salaires de
sa femme, Yasuyo, et de Eisuku. Puis c’est la confusion des sentiments.
Eisuku est attiré par sa tante alors que Michiru aime son cousin.
Le film s’achève sur le départ de Michiru et de sa
mère. Michiru regarde s’éloigner la silhouette de
Eisuku en secouant fébrilement sa main et en contenant ses larmes.
Rien de plus, rien de trop.On revient au plan du début du film
sur les collines vertes. Comme une feuille qui accuserait sa chute, lentement,
sans bruit, Suzaku se referme sur un chant enfantin et quelques notes
de piano.
Le film de Naomi Kawase possède la grâce et la fluidité
des nuages. Les personnages de ce conte sont presque féeriques.
Impression merveilleusement mise en image par la réalisatrice dans
l’une des scènes du film où l’on voit Kozo,
Eisuku et Michiru, enfant, au milieu de ses deux hommes qui lui tiennent
la main. Ils sont tous les trois de dos, s’enfoncent dans le tunnel
ferroviaire pour en atteindre le bout. Ils deviennent des silhouettes
fragiles, presque des pantins fantomatiques reliés les uns aux
autres par le bout des doigts, auréolés de lumière
verte.
Suzaku est un film allégorique et silencieux. Presque une chimère.Marie
Pinatelle
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