
L'histoire :
En ratant son suicide dans un coin de forêt isolé, une jeune infirmière blesse grièvement un adolescent d’une balle perdue. Panique, culpabilité. Après s’être enfuie, le premier réflexe de Frédérique (24 ans) est de se dénoncer. Mais personne ne l’a vue…
Dans les minutes qui suivent, Marco (14 ans) est admis aux urgences de l’hôpital où elle travaille. Elle va être obligée de s’occuper de lui. Mis sur la piste par les indices que la jeune femme sème à son attention, Marco, rebelle et révolté, va peu à peu découvrir l’impensable : celle qui le soigne est aussi celle qui lui a tiré dessus…
Entretien avec Isild Le Besco
> Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?
Les bons scénarios sont rares. Celui-ci se démarquait dès les premières lignes par sa qualité d’écriture, l’originalité et la force de son sujet. Il y avait quelqu’un derrière, je l’ai senti aussitôt. Et puis il y a un beau personnage. J’aimais bien l’idée de jouer cette infirmière, la brutalité qu’elle a en elle. Le personnage de Fred est différent de tous ceux que j’ai pu approcher auparavant.
C’est beau de partir de cette fille si noire au départ pour aller vers cet optimisme. C’était important pour
Jeanne Waltz. Le film ne raconte pas l’histoire d’une fille qui est en train de sombrer, mais qui, au contraire, trouve le désir de s’en sortir. C’est très intéressant que ce soit par ses propres moyens. On la prend au bord du suicide,
et on assiste à sa « régénérescence ».
> Ce mot est tout à fait approprié, le film n’est pas psychologique, il privilégie la dynamique du personnage.
Oui. Renaître à partir de ses propres forces. Cette jeune femme ne suit pas une thérapie avec un psychologue, elle ne va pas « se reconstruire » dans les Ateliers Bleus ! Elle retrouve sa force en elle, et peut-être surtout grâce à sa rencontre avec ce gamin, Marco. Ce sont souvent les rencontres qui nous aident et nous renforcent dans la vie.
> Ce personnage de Fred est difficilement définissable. Elle nous touche, on a envie de la connaître, de la comprendre.
La beauté de ce personnage tient précisément à sa complexité. La douceur avec laquelle elle exerce son métier contraste avec l’âpreté de sa vie personnelle. C’est rare au cinéma que des personnages soient présentés avec une telle ambiguïté. Ils sont souvent faits d’une seule pièce, ou nettement moins nuancés.
> Vous vous reconnaissez dans cet aspect du personnage ?
Il y a eu quelque chose d’extrêmement naturel pour moi à entrer dans ce rôle. Je ne suis pas infirmière, ni Mère Teresa, mais il m’arrive d’être vraiment à l’écoute, d’être offerte à quelqu’un si je sens qu’il en a besoin. A ce moment-là, je prends beaucoup sur moi et rien d’autre n’existe. Mais après, je peux me retrouver comme Fred dans un drôle d’état…
> Quelles sont les causes du mal-être de Fred ?
Elle est seule. Elle n’est pas encore vraiment tombée amoureuse parce qu’elle n’a pas trouvé quelqu’un qui était à la hauteur de ses espérances. Fred a un désir d’absolu. A 24 ans, elle n’est plus une gamine. On imagine qu’elle a déjà eu des expériences malheureuses. Elle a déjà tout vu ! Elle en arrive à se dire, à quoi bon continuer à vivre comme ça pendant encore cinquante ans ?
Avec son petit salaire d’infirmière, elle a tout juste de quoi se payer son appartement. On voit aussi qu’elle est rejetée par son père, avec lequel elle a dû avoir une relation très forte. Je la comprends, je me mets à sa place. Ce n’est pas une fille fragile qui ne sait pas ce qu’elle veut, ni ce qu’elle fait. Elle est forte et prête à tout pour trouver ce qu’elle cherche. Elle ne veut pas brader sa vie, ni son désir.
> Comment expliquez-vous son geste désespéré ?
Quand on a le sentiment que tout va finir, on est dans l’instinct. Elle n’analyse pas tous ses comportements. Ce n’est pas du tout par faiblesse qu’elle se suicide. Et même si elle se rate au final, il faut déjà être très fort pour en arriver jusque là. Utiliser un fusil, tirer, ce n’est pas anodin : c’est violent. J’ai pu me rendre compte en m’entraînant de la détermination et de la force physique que cela suppose.
> La balle qu’elle s’était destinée blesse le jeune Marco. La double signification de ce geste va être déterminante…
Oui, Fred n’est pas assez aveugle sur elle-même pour ne pas voir que c’est un véritable acte manqué. Et un acte manqué on ne peut plus troublant. Cela va la faire réfléchir. Etre obligée, sans que personne ne la soupçonne, de prendre soin de ce gamin lui redonne une raison de vivre.
Les malades dont elle s’occupe d’habitude sont des anonymes, des « cas ». Entre Fred et Marco, il y a un effet miroir, ils partagent la même douleur. Ils s’inquiètent l’un pour l’autre. Ils ont le sentiment de ne plus être tout à fait seuls au monde, en tout cas pendant un temps. Fred va continuer sur cet élan. Elle comprend qu’elle est peut être pour la première fois capable de s’ouvrir à d’autres.
> On vous sent très motivée par ce personnage. Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?
Je ne connaissais pas Jeanne Waltz, on s’est retrouvées en prise directe sur le travail. Le personnage de Fred était déjà très dessiné dans le scénario. Le plus important pour moi a été d’arriver à décrocher le maximum d’instants de vérité à chacune des prises. Sur le tournage, ça a été physique, une histoire d’énergie et d’excitation. Le personnage de Fred a pris corps de manière parfois inattendue. C’est amusant à constater : mais, « Fred », Jeanne, et moi… apparemment, nous nous sommes bien trouvées !
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