FICTION
MUNDO GRUA
Un film de Pablo Trapero
Année : 1999
Durée : 90 mn
V.O.S.T.F.
N/B - Format 1,66
Pays : ARGENTINE
Visa 101955

Avec Luis Margani
Adriana Aizemberg
Daniel Valenzuel
Roly Serrano


L'histoire :
On est un peu étonné quand on apprend l’âge de Rulo : il n’a que 49 ans. Son labeur sur un chantier ou sur un autre l’a vieilli prématurément, a alourdi son corps. On imagine mal qu’il fut dans les années 70 une éphémère star du rock et que ce brave homme rondouillard déhanchait jadis sa svelte silhouette sur scène.
Pour l’heure, Rulo aimerait bien obtenir un emploi de grutier à Buenos Aires et s’initie déjà à cette tâche de précision. Il est plutôt comique de voir cet ouvrier lourdaud se risquer à ce travail aérien, d’apercevoir sa corpulence massive au sommet d’une frêle grue. C’est alors que la médecine du travail lui décèle quelques petits problèmes de santé et sa capacité médicale à exercer cet emploi - ça se passe comme ça, en Argentine ? - est laissée à l’appréciation de l’employeur. Rulo, de toute façon, n’est pas du genre à se décourager. Il peut compter sur la solidarité de ses copains et sur la tendresse que lui porte Adriana, une veuve vendeuse de sandwichs. Sans oublier son fils Claudio qui, guitare électrique en bandoulière, s’est lui aussi engagé sur les chemins du rock.


"
Ce film est une balade vouée à la gloire du Geste. Elle chante le plaisir qu'il y a à s'accomplir en lui. Ce peut être le geste du travailleur ou du mécanicien, celui de l'amant ou du musicien. Qu'importe si son étendue est restreinte, seul compte l'investissement que l'on y met. D'ailleurs il est rare qu'on le fasse uniquement pour soi. Ces gestes sont souvent un mouvement fait vers et pour l'autre. Aussi le faire avec circonspection est le signe d'un respect. Et l'autre le sent.

Qu'il est ainsi agréable de regarder un spectacle d'où serait évacué tout cynisme. A l'heure où le geste désintéressé est banni des champs du discours et du regard, où celui qui fait se regarde faire, avec complaisance, il est doux d'entendre une petite voix nous rappeler la valeur d'un geste. Quelques notes grattées sur une guitare, un sandwich préparé avec amour, ou une main serrée contre une hanche, tout fait sens. Chacun des gestes de ce film est crucial.

Dès lors qu'il est volontaire, il est le point où se concentre toute la vie de celui ou celle qui l'effectue. Parce qu'il a été choisi, et parce que l'on lui a donné notre accord, il se doit d'être bien fait. Pour soi et pour l'autre. Faillir serait l'aveu d'une non-présence au monde. Ce serait dire que je suis là, faisant ce que je dois faire, et que, en même temps, je suis ailleurs. Ce serait la déclaration d'une malsaine schizophrénie...”

M. MERLET



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