FICTION
LA DETTE OU LA...
Un film de M.J. Alvarez et N. Buenaventura
Année : 1997
Durée : 97 mn
V.O.S.T.F
Couleurs - 1,66
FRANCE / COLOMBIE
Visa 92673

...mort insolite, la résurrection plus surprenante encore et la seconde mort d’Alí Ibrahim María de los Altos Pozos y Resuello surnommé "Le Turc".

L'histoire :
Gardez-vous bien d’être rebutés par ce titre à rallonge. Vous risqueriez de le regretter amèrement car La Dette est un film drôle, poétique sur fond de critique politique un peu cynique sur les habitudes très chrétienne de villageois endettés.
L’usurier du village, surnommé Le Turc, meurt enfin, tué par on ne sait qui, après une lente agonie que personne ne vient soulager. Tous les habitants essaient alors de récupérer leur bien discrètement pour cacher la réalité de leur pauvreté et sauvegarder ainsi leur honneur. Les objets du quotidien réapparaissent miraculeusement et le spectateur constate avec amusement que tous ont laissé quelque chose en gage. Mais cette mascarade écœure Bégonia, cette femme amoureuse du Turc. Entre folie désespérée et volonté de justice, elle va commettre des actes que les habitants ignorants prendront pour des malédictions venues du ciel. De même les enfants, enfermés dans de pesantes structures familiales, verront dans cette mort, qui déstabilise tout le village, une bonne occasion de s’amuser et de faire la nique aux adultes habituellement plus préoccupés de leur image sociale que de leur progéniture.

C’est par leurs jeux innocents - "On joue au Turc ?" -  que l’on apprendra de quoi il retourne. Figure de la rédemption, leur monde, contrairement à celui de leurs parents, échappe au poids du devoir et des convenances.
On appréciera autant le scénario et les dialogues que leur mise en images. L’idée par exemple de transformer la fin d’un Notre Père en un "pardonnez-nous nos dettes comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous sont débiteurs" est à l’image du mélange, de cette description des mœurs de ce village qui va tous les jours à la messe dans un ballet immuable, et de leur critique intrinsèque.

Sans être trop partisane, cette réflexion politique ne condamne pas non plus ses protagonistes. Ainsi on a cette impression touchante que Buenaventura et Alvarez aiment leur pays et ces habitants qui même sous leurs pires jours restent attachants, ne serait-ce que par leurs peurs enfantines.
Bourré de métaphores légères - elles n’entravent en rien  la compréhension du film, elles sont là pour faire sourire - ce film montre la petitesse et l’étroitesse des désirs de ces hommes qui seront condamnés par le triomphe de l’innocence.
Anne-Laure Bell


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