
À vingt ans, “KarKar blouson noir”, le rocker, est un symbole du jeune Mali indépendant. Il offre ses chansons à la nation et, comble de bonheur, épouse Pierrette, l’amour de sa vie. En 1968, Modibo Keïta renversé, KarKar disparaît des ondes pour l’avoir trop chanté. Il passe près de 20 ans hors du monde musical. En 1975, son père mort, il ouvre un petit commerce à Kayes et cultive son champ pour nourrir la famille. En 1987, son passage à la télévision malienne est une résurrection. En 1989, Stern’s publie son premier CD international. Mais le destin s’acharne. Pierrette meurt en accouchant.
KarKar connaît le blues !
Je chanterai pour toi est une promenade à travers le Mali à ses côtés. Ses chansons, comme les pages arrachées d’un carnet de voyage, percent l’intimité des lieux qui ont marqué sa vie. Parcours chaotique, passion brisée, voix poignante, KarKar connaît la déchirure du blues et les chants qui le tiennent en respect. De Kayes à Bandiagara, de Bamako à Niafunké, où il retrouve Ali Farka Touré, nous le suivons comme un ami, attentifs aux bruits de la vie.
François Bensignor
LE REALISATEUR
Jacques Sarasin reste saisi un jour de 1999 par une voix déchirante qui chante “Mariama”. Découvrant Boubacar Traoré, il dévore “Mali blues”, le livre que lui consacre Lieve Joris. Au-delà de l’idée initiale d’un reportage, le charisme de l’homme en scène, l’expression transcendée de sa souffrance imposent bientôt l’ambition d’un film.
L’aventure sera à l’aune du cinéaste et de son sujet : imprévue, mystérieuse, initiatique…
Poussée par des vents invisibles l’équipe du film se laisse dériver dans le sillage de l’homme à la voix bleue. Auprès de lui, la caméra se fait discrète, épouse les ambiances, prend sa place naturelle. Rien n’est dit trop crûment. Aucun masque arraché comme à la télé. Des hommes racontent l’histoire, construisent la légende de l’homme que l’on suit.
Mais lui se tait. Seul son coeur chante par sa voix, effeuillant
les pages d’un voyage au bout de la douleur, à la source du blues. Partout la voix de Boubacar résonne comme le fil tendu d’un parcours différent. Elle trace une autre dimension qui nous est invisible. Celle d’un temps qui se moque de la révolution quotidienne du globe. Celle du surnaturel, où les fétiches détournent l’oeil de la caméra.
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